BREVE SITUATION LIEE AUX CONFLITS A L’EST DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
1. Présentation sommaire de Blessed Aid.
Blessed Aid est une organisation non gouvernementale engagée dans des actions humanitaires et de développement en République Démocratique du Congo. Depuis 2002, l'organisation milite pour une paix et un développement durables à travers une collaboration dans la lutte contre la pauvreté, l'injustice, l'analphabétisme et les inégalités sociales. Blessed Aid envisage un monde libéré de la discrimination, de la violence, de la pauvreté et des larmes. Un monde dans lequel la communauté internationale collabore pour la paix, le respect des droits de l’homme et la compréhension mutuelle et où les femmes, les jeunes filles et les enfants sont socialement et économiquement autonomes.
Blessed Aid veille à ce que les personnes vulnérables comme les femmes, les jeunes filles et les enfants reçoivent une aide et soient socialement et économiquement autonomes afin qu'elles puissent atteindre leur plein potentiel, devenir des catalyseurs et des leaders du changement social dans leurs communautés et lutter pour mettre fin à la pauvreté générationnelle. Profondément engagée dans la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits et dans la garantie que l’égalité des sexes et la résilience économique constituent le pilier central des communautés touchées par les conflits et les catastrophes. www.blessedaid.org
Ayant son Siège social à Goma, province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, Blessed Aid met en œuvre des actions sur le terrain à travers les domaines d’intervention ci-après :
Contacts:
2. Aperçu général sur la situation des conflits à l’Est de la RD Congo.
Comme nous le savons tous, l’Est de la République Démocratique du Congo est confronté à une situation sécuritaire intenable due à l’occupation de plusieurs localités par les rebelles du M23. Cette guerre qui a débuté en 2021 s’est vite rependue dans le territoire de Rutshuru, Nyiragongo, Masisi, Lubero, Walikale et dans la ville de Goma au Nord-Kivu et dans une grande partie du Sud-Kivu dont la ville de Bukavu. Cette guerre laisse malheureusement derrière elle des conséquences humanitaires incalculables. Il s’agit, par exemple, du déplacement massif de la population, de l’assistance humanitaire insuffisante, la perdition scolaire, la séparation des enfants de leurs parents, la malnutrition aigüe-sévère de nombreux enfants, la destruction des écoles et des structures médicales, etc. Avec la fermeture des banques, beaucoup d’activités entrepreneuriales ne fonctionnent quasiment plus dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. A ce sujet, nous allons un peu parler quelques conséquences auxquelles les personnes déplacées internes (PDIs) et les enfants sont confrontés actuellement suite à ces conflits :
Photo
des retournés passant nuits dans les enceintes d’une école à Sake (28km de Goma)
en territoire de Masisi. Mars 2025
2.1. Situation des personnes déplacées internes (PDIs) dans leurs milieux de retour.
Suite à la fermeture des camps de déplacés internes à Goma et autour de Goma par les rebelles du M23 en début du mois de février 2025, les personnes déplacées internes (PDIs) ont été obligées de retourner dans leurs villages d’origine. Les territoire de Rutshuru, Nyiragongo, Masisi et Kalehe ont été les plus touchés par cette vague de retour des déplacés qui étaient dans les sites à Goma et autour de Goma à savoir : Site de Bulengo, Site de Nzulo, Site de Rego, Site de Lwashi, Site de Lushagala, Site la 8ème CEPAC/Mugunga, Site de Buhimba, Site de Sam-Sam, Site de l’ACOGENOKI, Site de Rusayo, Site de Kanyaruchinya, Site de Nzulo, etc… y compris les autres sites de déplacés qui étaient, par exemple, à Bweremana en territoire de Masisi et ceux qui étaient à Minova en territoire de Kalehe. A leur retour, ils se sont malheureusement confrontés à un certain nombre de défis notamment :
- L’insécurité alimentaire : Vu que personnes ne s’attendait à ce retour et la manière dont les rebelles avaient procédé en donnant un ultimatum de 48 heures pour quitter les camps, le peu de moyens financiers dont disposaient certains déplacés était alloué au transport. Ces retournés souffrent donc de la faim vu qu’ils n’ont pas d’activités génératrices de revenus devant leur permettre de survivre. Aujourd’hui seul le Programme Alimentaire Mondial (PAM) distribue des vivres à certains retournés. Au moins 300.000 personnes sont éligibles à cette assistance humanitaire. Cette assistance en vivres et non-vivres du Programme Alimentaire Mondial (PAM) cible spécifiquement les bénéficiaires enregistrés dans le système SCOPE de l’année 2023 et 2024. Les autres sont directement exclus.
- La destruction des maisons dans les villages de retour : A leur retour de camps de déplacés à Goma et autour de Goma, beaucoup de personnes ont trouvé leurs villages complétement déserts avec des maisons totalement ou partiellement détruites. Comme conséquence, de nombreuses familles vivent encore dans des maisons de fortune (dans des bâches) et exposés à des maladies de tout genre.
Photos
montrant les habitations actuelles de certains retournés et dont les maisons
avaient incendiées pendant les hostilités. Q. Ndolero, à Kimoka/Sake. Avril 2025
- Le manque de semences : Les retournés disposant encore des champs se butent au problème de manque de semences afin de relancer leurs activités agricoles. N’ayant pas de moyens financiers pour se procurer des semences, ces retournés ont constamment besoin d’être accompagnés par les organisations humanitaires et de développement en vue de booster les activités agricoles et ainsi mettre fin à la faim dont ils souffrent actuellement.
- Il se pose aussi un problème d’eau potable dans les villages de retour : Pendant les combats entre les belligérants, beaucoup de captages d’eau ont été détruit privant ainsi l’eau potable aux personnes qui retournent dans leurs villages. Ils sont aujourd’hui en train de consommer d’eau sale avec conséquence d’attraper de maladies d’origine hydrique. Et au stade où nous sommes, il n’existe pas d’organisations sur le terrain disposant de paquet en WASH.
- Problème lié au manque de médicaments dans les structures médicales : Beaucoup de structures médicales ont été détruites et les médicaments et autres équipements médicaux pillés par les parties aux conflits. Ceci est un coup dur pour toutes les personnes qui retournent dans leurs villages. Ces retournés ont difficile à accéder aux soins de santé primaires dans leurs villages respectifs. Il est donc urgent que les partenaires de mise en œuvre disponibilisent de fonds nécessaires afin de palier tant soit peu à cette situation qui pourrait avoir des conséquences néfastes aux retournés notamment aux femmes allaitantes, femmes enceintes, aux enfants malnutris, aux survivantes des violences sexuelles, etc.
Exemple de certaines structures médicales touchées dans le territoire de Masisi (Liste non encore exhaustive) :
2.2. Situation des enfants vulnérables affectés directement par ces conflits.
Comme dans toute situation des conflits et/ou des catastrophes naturelles, les premières personnes à être directement affectées sont les femmes, les jeunes filles et les enfants. Pour ce qui est de la situation de crise à l’Est de la République Démocratique du Congo, cette catégorie de personnes est aussi porte aussi le lourd fardeau. Dans ces quelques lignes, nous allons soulever quelques difficultés auxquelles les enfants sont en train de faire face :
ü La perdition scolaire : En effet, beaucoup d’enfants ayant fui avec leurs parents n’ont pas étudié et ceux qui ont eu la chance d’étudier dans les camps de déplacés ne l’ont pas fait correctement. D’où la nécessité de récupérer l’éducation de ces enfants.
ü La destruction des écoles : Pendant les hostilités, beaucoup d’écoles ont été totalement ou partiellement détruites et les pupitres utilisés comme bois de chauffe par les parties aux conflits. Cette situation fait à ce que beaucoup d’enfants étudient dans des conditions inhumaines. Nombreuses écoles primaires et secondaires ont été touchées par ce problème dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo, Lubero, Walikale, Kalehe et même dans les villes comme Goma et Bukavu. En groupement Kamuronza, territoire de Masisi, les écoles ci-après ont été détruites (cette liste n’est pas exhaustive) :
Photo
de l’école primaire Fungula (Conventionnée adventiste) à Sake couverte de
bâches car les tôles ayant été volées par des personnes inconnues pendant la
guerre.
ü Enrôlement forcé des enfants dans les forces et groupes armés : Au moins plus de 1543 enfants recrutés de force dans les forces et groupes armés ont été identifiés sur les axes Sake, Bweremana, Ngungu, Masisi centre, Nyabyondo, Kibabi, Kinigi, Ufamandu 1 & 2 en territoire Masisi et dans le groupement Waloa Luanda en territoire de Walikale. La partie Grand Nord-Kivu n’est pas concernée par ces données. Et le manque d’occupations expose aussi beaucoup d’enfants à adhérer aux forces et groupes armés, car ils croient que là, ils pourraient trouver de quoi subvenir à leurs besoins.
ü Les enfants non-accompagnés (ENA) et enfants séparés (ES) : Pendant la guerre beaucoup d’enfants se sont séparés d’avec leurs parents. Selon les sources de membres de réseaux communautaires pour la protection de l’enfant (RECOPE), plus de 350 enfants ont été identifiés comme étant non-accompagnés et plus de 700 enfants filles moins de 18 ans auraient été victimes de viol depuis janvier à ce mois de mai 2025 dans le territoire de Masisi, Nyiragongo et dans une partie du territoire de Walikale au Nord-Kivu.
ü Les orphelins (enfants dont les parents ont été tués pendant la guerre) : Les enfants ayant perdu leurs parents pendant la guerre sont nombreux et manquent d’assistance. Dans la province du Nord-Kivu et dans une partie du territoire de Kalehe au Sud-Kivu, environs 5000 orphelins sont sans assistance et nombreux parmi eux souffrent de la malnutrition on aigue-sévère. En dehors de la malnutrition, ces enfants ont aussi le problème d’éducation, de santé et de protection.
3. Conclusion et recommandations.
Nous venons retracer brièvement la situation qui prévaut à l’Est de la République Démocratique du Congo et plus particulièrement dans la province du Nord-Kivu. Cette situation est très complexe et nécessite un regard particulier de toute la communauté nationale, régionale et internationale afin de mettre fin aux souffrances dont les populations font quotidiennement face en l’occurrence les personnes déplacées internes (PDIs), les femmes, les jeunes filles et les enfants. De ce qui précède, nous recommandons ce qui suit :
1. Aux organisations humanitaires et de développement :
- De se mobiliser pour apporter assistance d’urgence aux personnes retournées dans leurs villages car n’ayant pas actuellement d’autres moyens de subsistance.
- De mobiliser plus de fonds pour financer des projets intégrateurs dans les domaines-clés de la vie notamment en santé, eau et assainissement ; en sécurité alimentaire ; en éducation ; en réinsertion socio-économique, etc.
2. A la communauté internationale :
ü D’accélérer le processus diplomatique afin d’amener les parties aux conflits à une solution négociée et aboutir enfin une paix durable dans la région des Grands-Lacs.
ü De demander instamment aux parties aux conflits de permettre l’accès aux humanitaires afin d’apporter secours d’urgence aux personnes nécessiteuses.
Ainsi fait à Goma, ce 26 mai 2025